EthicaDB •   Publication hypertextuelle et multi-versions de l'Ethique de Spinoza

propositio 27

Pars 4, prop 27
Latin | Appuhn - fr | Elwes - en | Stern - de | Peri - it | Suchtelen - nl | Peña - es | Pautrat - fr     infra (7)  |  haut ^

Nous ne connaissons avec certitude rien qui soit un bien ou un mal, si ce n’est ce qui conduit réellement à la compréhension, ou ce qui peut nous empêcher de comprendre.

Nihil certo scimus bonum aut malum esse nisi id quod ad intelligendum revera conducit vel quod impedire potest quominus intelligamus.

Nihil certo scimus bonum aut malum esse nisi id quod ad intelligendum revera conducit vel quod impedire potest quominus intelligamus.

Il n'est aucune chose que nous sachions avec certitude être bonne ou mauvaise, sinon ce qui conduit réellement à la connaissance ou peut empêcher que nous ne la possédions. (Appuhn - fr)

We know nothing to be certainly good or evil, save such things as really conduce to understanding, or such as are able to hinder us from understanding. (Elwes - en)

Nur von dem, was in Wahrheit zur Erkenntnis fahrt oder uns an der Erkenntnis hindert, wissen wir gewiß, daß es gut oder schlecht ist. (Stern - de)

Nessuna cosa c'è che noi sappiamo con certezza essere buona o cattiva, salvo ciò che realmente ci conduce alla conoscenza [(cosa buona)] e ciò che può impedirci di conoscere [(cosa cattiva)]. (Peri - it)

Van niets weten wij met zekerheid dat het goed of kwaad is, dan van datgene wat inderdaad tot begrip leidt, of wat ons begrip kan belemmeren. (Suchtelen - nl)

Con certeza, sólo sabemos que es bueno o malo aquello que conduce realmente al conocimiento, o aquello que puede impedir que conozcamos. (Peña - es)

Nous ne savons avec certitude être bien ou mal que ce qui sert véritablement à comprendre, ou ce qui peut nous empêcher de comprendre. (Pautrat - fr)

demonstratio par 4, prop 26  |  2, prop 41  |  2, prop 43  |  2, prop 43, sc   |  2, prop 40, sc 1  |  2, prop 40, sc 2

Latin | Appuhn - fr | Elwes - en | Stern - de | Peri - it | Suchtelen - nl | Peña - es

4, prop 27, demo  - L’Esprit, en tant qu’il raisonne, ne poursuit rien d’autre que le fait de comprendre, et ne juge pas qu’autre chose lui soit utile que ce qui conduit à la compréhension (par la Proposition précédente). Mais l’Esprit (par les Propositions 41 et 43, Partie II, dont on verra aussi le Scolie) n’a de certitude sur les choses qu’en tant qu’il a des idées adéquates, ou (ce qui est la même chose par le Scolie 2 de la Proposition 40, Partie II) en tant qu’il raisonne. Donc, nous ne connaissons avec certitude rien qui soit un bien si ce n’est ce qui conduit réellement à la compréhension, et au contraire rien qui soit un mal si ce n’est ce qui peut nous empêcher de comprendre. C.Q.F.D.

4, prop 27, demo  - Mens quatenus ratiocinatur nihil aliud appetit quam intelligere nec aliud sibi utile esse judicat nisi id quod ad intelligendum conducit (per propositionem praecedentem). At mens (per propositiones 41 et 43 partis II, cujus etiam scholium vide) rerum certitudinem non habet nisi quatenus ideas habet adaequatas sive (quod per scholia propositionis 40 partis II idem est) quatenus ratiocinatur; ergo nihil certo scimus bonum esse nisi id quod ad intelligendum revera conducit et contra id malum quod impedire potest quominus intelligamus. Q.E.D.

4, prop 27, demo  - L'Âme, en tant que raisonnable, n'appète rien d'autre que la connaissance, et ne juge pas qu'aucune chose lui soit utile, sinon ce qui conduit à la connaissance (Prop. préc.). Mais l'Âme (Prop. 41 et 43, p. II, dont on verra aussi le Scolie) n'a de certitude au sujet des choses qu'en tant qu'elle a des idées adéquates, ou (ce qui, par le Scolie 2 de la Prop, 40, p. II, revient au même) en tant qu'elle est raisonnable. Donc il n'est aucune chose que nous sachions avec certitude être bonne pour nous, sinon ce qui conduit réellement à la connaissance ; et aucune chose que nous sachions au contraire mauvaise, sinon ce qui empêche que nous ne possédions la connaissance. C.Q.F.D. (Appuhn - fr)

4, prop 27, demo  - The mind, in so far as it reasons, desires nothing beyond understanding, and judges nothing to be useful to itself, save such things as conduce to understanding (by the foregoing Prop.). But the mind (II. xli. xliii. and note) cannot possess certainty concerning anything, except in so far as it has adequate ideas, or (what by II. xl. note, is the same thing) in so far as it reasons. Therefore we know nothing to be good or evil save such things as really conduce, &c. Q.E.D. (Elwes - en)

4, prop 27, demo  - Der Geist, sofern er vernunftgemäß denkt, verlangt nichts anderes als das Erkennen und beurteilt nur das als für ihn nützlich, was zur Erkenntnis führt (nach dem vorigen Lehrsatz). Der Geist aber hat (nach den Lehrsätzen 41 und 43, Teil 2, s. auch dessen Anmerkung) nur Gewißheit über die Dinge, sofern er adäquate Ideen hat oder (was nach Zusatz zu Lehrsatz 40, Teil 2, dasselbe ist) sofern er vernunftgemäß denkt. Also wissen wir nur von dem gewiß, daß es gut ist, was in Wahrheit zur Erkenntnis führt, und umgekehrt wissen wir nur von dem, daß es schlecht ist, was uns an der Erkenntnis hindert. -W.z.b.w. (Stern - de)

4, prop 27, demo  - La Mente, in quanto pensa razionalmente, non appetisce altro che il conoscere, e non giudica utile a se stessa se non ciò che conduce alla conoscenza. Mala Mente non ha la certezza delle cose se non in quanto ha idee adeguate, ossia in quanto pensa razionalmente (queste due espressioni si equivalgono: v. P. II, Chiarim. 2° d. Prop. 40): e dunque non c'è nulla che noi sappiamo con certezza essere buono salvo ciò che realmente ci conduce alla conoscenza; e, viceversa, non c'è nulla che noi sappiamo con certezza essere cattivo salvo ciò che può impedirci di conoscere. (P. II, Prop. 41; Prop. 43 e suo Chiarim.; P. IV, Prop. 26). (Peri - it)

4, prop 27, demo  - Voorzoover hij redelijk denkt, verlangt de Geest niets anders dan begrijpen en houdt hij niets anders voor nuttig dan datgene, wat tot begrip leidt (vlg. voorgaande St.). Maar de Geest heeft (vlg. St. XLI en XLIII D. II; zie ook de Opmerking daarbij) geenerlei zekerheid omtrent de dingen, dan voorzoover hij adaequate voorstellingen heeft, ofwel (wat vlg. Opmerking St. XL D. II hetzelfde is) voorzoover hij redelijk denkt. Derhalve weten wij van niets met zekerheid dat het goed is, dan van datgene, wat inderdaad tot begrip leidt, en omgekeerd dat het kwaad is, dan van datgene wat ons begrip kan belemmeren. H.t.b.w. (Suchtelen - nl)

4, prop 27, demo  - El alma, en cuanto que raciocina, no apetece otra cosa que conocer, y no juzga útil nada más que lo que la lleva al conocimiento (por la Proposición anterior). Ahora bien, el alma (por las Proposiciones 41 y 43 de la Parte II; ver también el Escolio de esta última) no posee certeza acerca de las cosas sino en la medida en que tiene ideas adecuadas, o sea (lo que es lo mismo, por el Escolio 2 de la Proposición 40 de la Parte II), en la medida en que raciocina. Por consiguiente, sólo sabemos con certeza que es bueno aquello que conduce realmente al conocimiento, y, al contrario, que es malo aquello que puede impedir que conozcamos. Q.E.D. (Peña - es)

4, prop 26 - Ce à quoi nous nous efforçons par la Raison, ce n’est rien d’autre que l’acte de comprendre ; et l’Esprit, en tant qu’il use de la Raison, ne juge pas qu’autre chose lui soit utile que ce qui conduit à la compréhension.

2, prop 41 - La connaissance du premier genre est la cause unique de la fausseté, mais la connaissance du second et du troisième genre est nécessairement vraie.

2, prop 43 - Celui qui a une idée vraie, sait en même temps qu'il a une idée vraie et il ne peut douter de la vérité de sa connaissance.

2, prop 43, sc  - Dans le Scolie de la Proposition 21 de cette Partie, j'ai expliqué ce qu'est l'idée de l'idée; mais il convient de noter que la Proposition précédente est assez manifeste par soi. Car personne dès lors qu'il a une idée vraie, n'ignore que l'idée vraie enveloppe la plus haute certitude; avoir une idée vraie ne signifie rien d'autre en effet que connaître la chose parfaitement ou de la meilleure façon possible; personne n'en peut raisonnablement douter à moins de croire qu'une idée est quelque chose de muet comme une peinture sur un tableau, et non un mode du penser, c'est-à-dire l'intellection même. Et, je le demande, qui peut savoir qu'il comprend une chose si d'abord il ne la comprend pas ? En d'autres termes, qui peut savoir qu'il est certain d'une chose s'il n'est pas d'abord certain de cette chose ? Que pourrait-il d'ailleurs y avoir de plus clair et de plus certain qu'une idée vraie et qui serait norme de la vérité ? De même, en effet, que la lumière manifeste et la lumière même et les ténèbres, la vérité est la norme et de la vérité même et du faux. Par là je pense avoir répondu à ces quelques objections : si l'idée vraie se distinguait de l'idée fausse en tant seulement qu'elle s'accorde avec ce dont elle est l'idée, l'idée vraie n'aurait pas plus de réalité ou de perfection que l'idée fausse (puisqu'elles ne se distingueraient que par la seule dénomination extrinsèque), et de même, par conséquent, l'homme qui aurait des idées vraies n'aurait pas davantage de réalité ou de perfection que l'homme qui aurait des idées fausses. Mais d'où vient ensuite que les hommes aient des idées fausses ? Et enfin comment peut-on savoir avec certitude qu'on a des idées qui s'accordent avec leurs objets ? Je pense avoir déjà répondu à ces questions. En ce qui concerne la différence entre l'idée vraie et l'idée fausse, il ressort de la Proposition 35 de cette Partie qu'elles se rapportent l'une à l'autre comme l'être au non-être. Quant aux causes de la fausseté, je les ai exposées fort clairement depuis la Proposition 19 jusqu'à la Proposition 35 avec son Scolie. Tout cela met aussi en évidence la différence qui existe entre l'homme ayant des idées vraies et celui qui n'a que des idées fausses. Pour la dernière question, comment peut-on savoir qu'une idée s'accorde avec son objet, j'ai suffisamment montré d'où vient cette certitude; elle provient du seul fait qu'on a une idée vraie qui s'accorde avec son objet, c'est-à-dire du fait que la vérité est sa propre norme. Il faut ajouter à cela que notre esprit, en tant qu'il perçoit les choses selon le vrai, est une partie de l'entendement infini de Dieu (selon le Corollaire de la Proposition 11); c'est pourquoi il est aussi nécessaire que soient vraies les idées claires et distinctes de l'Esprit, qu'il est nécessaire que soient vraies les idées de Dieu.

2, prop 40, sc 1 - Ainsi j'ai donné la cause de ces Notions, qu'on appelle communes, et qui sont les fondements du raisonnement. Mais certains axiomes ou notions ont d'autres causes qu'il faudrait expliquer selon notre méthode; parmi les notions on reconnaîtrait ainsi les plus utiles, et celles qui au contraire ne sont presque d'aucun usage. On verrait ensuite quelles sont les notions communes, quelles idées ne sont claires et distinctes que pour ceux-là seuls que n'arrêtent pas les préjugés, et quelles notions, enfin, sont mal fondées. On verrait en outre d'où viennent ces notions appelées secondes, et les axiomes sur lesquels elles sont fondées; on apercevrait enfin d'autres conséquences relatives au même problème et sur lesquelles j'ai réfléchi ailleurs. Mais comme j'ai consacré un Traité à ces questions et ne veux pas être fastidieux et prolixe, je ne les aborderai pas ici. Pour ne pas, cependant, passer sous silence ce qu'il est indispensable de savoir, indiquons brièvement les causes et l'origine des termes qu'on appelle Transcendantaux, comme Être, Chose, Quelque chose. Ces termes proviennent du fait que, le corps étant limité, il n'a le pouvoir de former simultanément qu'un certain nombre d'images (ce qu'est l'image, je l'ai expliqué au Scolie de la Proposition 17); si elles excèdent ce nombre, les images commenceront à se confondre; et si le nombre des images que le Corps est capable de former simultanément d'une façon distincte est considérablement dépassé, toutes se fondront totalement les unes dans les autres. S'il en est ainsi, il est évident, par le Corollaire de la Proposition 17 et par la Proposition 18 de cette partie, que l'Esprit humain pourra simultanément imaginer d'une façon distincte autant qu'il peut simultanément se former d'images distinctes dans son propre Corps. Et quand les images se confondent totalement dans le corps, l'Esprit imagine aussi tous les corps d'une façon confuse et sans aucune distinction, les comprenant, pour ainsi dire, sous un seul attribut, tel l'attribut de l'Être, de la Chose, etc. On peut également déduire ce processus du fait que les images ne sont pas toujours également vives; on pourrait trouver d'autres causes analogues qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer ici, puisque la considération d'une seule de ces causes suffit à notre propos. Car toutes les explications se réduisent à ceci que ces termes signifient des idées confuses à l'extrême. C'est de causes semblables que proviennent les notions que l'on appelle universelles, comme Homme, Cheval, Chien, etc. Dans le Corps humain, il se forme ensemble tant d'images d'hommes, par exemple, que le pouvoir d'imaginer est débordé, sinon totalement, du moins assez pour que l'esprit ne puisse imaginer distinctement les petites différences des êtres singuliers (ainsi le teint, la taille, etc.) ou le nombre déterminé de ces êtres, mais cela seulement qui se retrouve en tous et par quoi le corps fut affecté; c'est par ce caractère commun, en effet, que le Corps fut le plus affecté, puisqu'il le fut par chacun des êtres singuliers; c'est ce caractère qu'on exprime par le nom d'homme et qu'on attribue à une infinité d'êtres singuliers. Car il n'est pas possible, nous l'avons dit, d'imaginer le nombre déterminé des individus. Il convient de noter, toutefois, que ces notions ne sont pas formées de la même façon par tous, mais selon des modalités chaque fois diverses, eu égard à la nature de l'objet par lequel le Corps fut le plus souvent affecté, et que l'Esprit peut le plus aisément imaginer ou bien rappeler. Par exemple ceux qui ont le plus souvent admiré, chez l'homme, la stature, entendront sous le nom d'homme un animal de station verticale; mais ceux qui ont l'habitude de considérer d'autres traits formeront autrement l'image commune de l'homme, animal qui rit, bipède sans plumes, animal raisonnable; et pour les autres êtres chacun en formera de même une image universelle selon la disposition de son corps. C'est pourquoi il n'est pas étonnant que soient nées tant de controverses chez les philosophes qui ont tenté d'expliquer la Nature par les seules images des choses.

2, prop 40, sc 2 - De tout ce qu'on vient de dire, il ressort clairement que nous percevons de nombreuses choses et que nous formons des notions universelles de plusieurs façons. 1° A partir des choses singulières qui nous sont représentées par les sens d'une manière mutilée, confuse, et sans ordre valable pour l'entendement (voir le Corollaire de la Proposition 29). C'est pourquoi j'ai l'habitude d'appeler ces perceptions: connaissance par expérience vague. 2° A partir des signes, quand, par exemple, après avoir lu ou entendu certains mots, nous nous souvenons des choses et nous en formons certaines idées semblables à celles par lesquelles nous imaginons les objets (voir le Scolie de la Proposition 18). Ces deux façons de saisir les choses, je les appellerai désormais connaissance du premier genre, opinion ou Imagination. 3° Et enfin, du fait que nous avons des notions communes, et des idées adéquates des propriétés des choses (voir le Corollaire de la Proposition 38, la Proposition 39 et son Corollaire et la Proposition 40).
J'appellerai raison et connaissance du second genre cette façon de saisir les choses. Outre ces deux genres de connaissances, il en existe un troisième, comme je le montrerai plus loin, et que nous appellerons la Science intuitive. Ce genre de connaissance procède de l'idée adéquate de l'essence formelle de certains attributs de Dieu à la connaissance adéquate de l'essence des choses. J'expliquerai tout cela par un seul exemple: trois nombres étant donnés, il s'agit d'en déterminer un quatrième qui soit au troisième comme le second au premier. Les commerçants n'hésiteront pas à multiplier le second par le troisième et à diviser le produit par le premier; c'est qu'ils n'ont pas oublié ce qu'ils ont entendu de leurs maîtres sans démonstration, ou qu'ils ont souvent expérimenté cette vérité sur des nombres simples, ou enfin qu'ils appliquent la démonstration de la Proposition 19 du livre VII d'Euclide, c'est-à-dire la propriété commune des nombres proportionnels. Mais pour des nombres très simples, rien de tout cela n'est nécessaire. Soit, par exemple, les nombres 1, 2, 3 : il n'est personne qui ne voie que le quatrième nombre proportionnel est 6, et cela d'une manière beaucoup plus claire, puisque, c'est de la relation même entre le premier nombre et le second, en tant que nous la saisissons en une seule intuition, que nous concluons le quatrième.

utilisé(e) par : 4, prop 28, demo   |  4, prop 38, demo   |  4, prop 40, demo   |  4, prop 48, demo   |  4, prop 50, demo   |  5, prop 9, demo   |  5, prop 10, demo 

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