EthicaDB •   Publication hypertextuelle et multi-versions de l'Ethique de Spinoza

propositio 1

Pars 3, prop 1
Latin | Appuhn - fr | Elwes - en | Stern - de | Peri - it | Suchtelen - nl | Peña - es | Pautrat - fr     infra (7)  |  haut ^

Notre Esprit agit en certaines circonstances, et en d'autres il subit. En tant qu'il a des idées adéquates, il est nécessairement actif en certaines choses, et en tant qu'il a des idées inadéquates, il est nécessairement passif en certaines choses.

Mens nostra quaedam agit, quaedam vero patitur nempe quatenus adaequatas habet ideas eatenus quaedam necessario agit et quatenus ideas habet inadaequatas eatenus necessario quaedam patitur.

Mens nostra quaedam agit, quaedam vero patitur nempe quatenus adaequatas habet ideas eatenus quaedam necessario agit et quatenus ideas habet inadaequatas eatenus necessario quaedam patitur.

Notre Âme est active en certaines choses, passive en d'autres, savoir, en tant qu'elle a des idées adéquates, elle est nécessairement active en certaines choses ; en tant qu'elle a des idées inadéquates, elle est nécessairement passive en certaines choses. (Appuhn - fr)

Our mind is in certain cases active, and in certain cases passive. In so far as it has adequate ideas it is necessarily active, and in so far as it has inadequate ideas, it is necessarily passive. (Elwes - en)

Unser Geist tut manches, manches aber leidet er. Sofern et nämlich adäquate Ideen hat, insofern tut er notwendig manches; und sofern er inadäquate Ideen hat, insofern leidet er notwendig manches. (Stern - de)

La nostra Mente è attiva in talune cose, passiva in talune altre: appunto, in quanto ha idee adeguate riguardo a talune cose (oggetti o eventi), in tanto essa è, in ciò che concerne quelle stesse cose, necessariamente attiva; e in quanto ha idee inadeguate riguardo ad altre cose, in tanto essa è passiva in ciò che concerne quelle stesse altre cose. (Peri - it)

Bij sommige dingen handelt onze Geest, andere echter ondergaat hij: voorzoover hij namelijk adaequate voorstellingen heeft, handelt hij noodzakelijk, voorzoover hij daarentegen inadaequate voorstellingen heeft, lijdt hij noodzakelijk. (Suchtelen - nl)

Nuestra alma obra ciertas cosas, pero padece ciertas otras; a saber: en cuanto que tiene ideas adecuadas, entonces obra necesariamente ciertas cosas, y en cuanto que tiene ideas inadecuadas, entonces padece necesariamente ciertas otras. (Peña - es)

Notre esprit agit en certaines choses et pâtit en d'autres, à savoir, en tant qu'il a des idées adéquates, en cela nécessairement il agit en certaines choses, et, en tant qu'il a des idées inadéquates, en cela nécessairement il pâtit en d'autres. (Pautrat - fr)

demonstratio par 2, prop 40, sc 1  |  2, prop 40, sc 2  |  2, prop 11, cor   |  1, prop 36  |  3, def 1  |  2, prop 9  |  3, def 2

Latin | Appuhn - fr | Elwes - en | Stern - de | Peri - it | Suchtelen - nl | Peña - es

3, prop 1, demo  - Les idées de tout Esprit humain sont ou bien adéquates ou bien mutilées et confuses (par les Scolies de la Proposition 40, Partie II). Mais les idées qui sont adéquates dans l'Esprit de quelqu'un sont adéquates en Dieu, en tant qu'il constitue l'essence de cet Esprit (par le Corollaire de la Proposition 11, Partie II), et celles qui sont inadéquates dans l'Esprit sont également adéquates en Dieu (par le même Corollaire), non seulement en tant qu'il constitue l'essence de cet Esprit, mais aussi en tant qu'il contient simultanément en lui les Esprits d'autres choses. En outre, un effet doit nécessairement suivre d'une idée donnée (par la Proposition 36, Partie I), et de cet effet la cause adéquate est Dieu (voir la Définition 1), non pas en tant qu'il est infini, mais en tant qu'on le considère comme affecté de l'idée en question (voir la Proposition 9, Partie II). Mais d'un effet dont Dieu est la cause en tant qu'il est affecté par une idée qui est adéquate en l'Esprit de quelqu'un, cet Esprit même est la cause adéquate (par le Corollaire de la proposition 11, Partie II). Ainsi (par la Définition 2), en tant qu'il a des idées adéquates, notre Esprit est nécessairement actif en certaines choses, ce qui était le premier point à démontrer. En outre, de tout ce qui suit nécessairement d'une idée qui est adéquate en Dieu, non pas en tant qu'il a seulement en lui, avec cet Esprit, les Esprits d'autres choses, de cela (par le Corollaire de la Proposition 11, Partie II) l'Esprit de cet homme donné n'est pas la cause adéquate mais seulement la cause partielle. Par suite (par la Définition 2) en tant qu'il a des idées inadéquates, l'Esprit est nécessairement passif en certaines choses. Ce qui était le second point. Par conséquent notre Esprit, etc. C.Q.F.D.

3, prop 1, demo  - Cujuscunque humanae mentis ideae aliae adaequatae sunt, aliae autem mutilatae et confusae (per scholia propositionis 40 partis II). Ideae autem quae in alicujus mente sunt adaequatae, sunt in Deo adaequatae quatenus ejusdem mentis essentiam constituit (per corollarium propositionis 11 partis II) et quae deinde inadaequatae sunt in mente, sunt etiam in Deo (per idem corollarium) adaequatae non quatenus ejusdem solummodo mentis essentiam sed etiam quatenus aliarum rerum mentes in se simul continet. Deinde ex data quacunque idea aliquis effectus sequi necessario debet (per propositionem 36 partis I) cujus effectus Deus causa est adaequata (vide definitionem 1 hujus) non quatenus infinitus est sed quatenus data illa idea affectus consideratur (vide propositionem 9 partis II). At ejus effectus cujus Deus est causa quatenus affectus est idea quae in alicujus mente est adaequata, illa eadem mens est causa adaequata (per corollarium propositionis 11 partis II). Ergo mens nostra (per definitionem 2 hujus) quatenus ideas habet adaequatas, quaedam necessario agit, quod erat primum. Deinde quicquid necessario sequitur ex idea quae in Deo est adaequata, non quatenus mentem unius hominis tantum sed quatenus aliarum rerum mentes simul cum ejusdem hominis mente in se habet, ejus (per idem corollarium propositionis 11 partis II) illius hominis mens non est causa adaequata sed partialis ac proinde (per definitionem 2 hujus) mens quatenus ideas inadaequatas habet, quaedam necessario patitur. Quod erat secundum. Ergo mens nostra etc. Q.E.D.

3, prop 1, demo  - Les idées d'une Âme humaine quelconque sont les unes adéquates, les autres mutilées et confuses (Scolie 2 de la Prop. 40, p. II). Les idées qui sont adéquates dans l'Âme de quelqu'un sont adéquates en Dieu en tant qu'il constitue l'essence de cette Âme (Coroll. de la Prop. 11, p. II), et celles qui sont inadéquates dans l'Âme sont adéquates en Dieu (même Coroll.) non en tant qu'il constitue seulement l'essence de cette Âme, mais en tant qu'il contient aussi à la fois en lui les Âmes d'autres choses. De plus, d'une idée quelconque supposée donnée quelque effet doit suivre nécessairement (Prop. 36, p. I), et de cet effet Dieu est cause adéquate (Déf. 1) non en tant qu'il est infini, mais en tant qu'on le considère comme affecté de l'idée supposée donnée (Prop. 9, p. II). Soit maintenant un effet dont Dieu est cause en tant qu'affecté d'une idée qui est adéquate dans l'Âme de quelqu'un ; de cet effet cette même Âme est la cause adéquate (Coroll. Prop. 11, p. II). Donc notre Âme (Déf. 2), en tant qu'elle a des idées adéquates, est nécessairement active en certaines choses ; ce qui était le premier point. En outre, pour tout ce qui suit nécessairement d'une idée qui est adéquate en Dieu non en tant qu'il a en lui l'Âme d'un certain homme seulement, mais, en même temps qu'elle, les Âmes d'autres choses, l'Âme de cet homme n'en est pas la cause adéquate, mais seulement partielle (même Coroll, Prop. 11, p. II), par suite (Déf. 2) l'Âme, en tant qu'elle a des idées inadéquates, est passive nécessairement en certaines choses ; ce qui était le second point. Donc notre Âme, etc.
C.Q.F.D. (Appuhn - fr)

3, prop 1, demo  - In every human mind there are some adequate ideas, and some ideas that are fragmentary and confused (II. xl. note). Those ideas which are adequate in the mind are adequate also in God, inasmuch as he constitutes the essence of the mind (II. xi. Coroll.), and those which are inadequate in the mind are likewise (by the same Coroll.) adequate in God, not inasmuch as he contains in himself the essence of the given mind alone, but as he, at the same time, contains the minds of other things. Again, from any given idea some effect must necessarily follow (I. 36); of this effect God is the adequate cause (III. Def. i.), not inasmuch as he is infinite, but inasmuch as he is conceived as affected by the given idea (II. ix.). But of that effect whereof God is the cause, inasmuch as he is affected by an idea which is adequate in a given mind, of that effect, I repeat, the mind in question is the adequate cause (II. xi. Coroll.). Therefore our mind, in so far as it has adequate ideas (III. Def. ii.), is in certain cases necessarily active; this was our first point. Again, whatsoever necessarily, follows from the idea which is adequate in God, not by virtue of his possessing in himself the mind of one man only, but by virtue of his containing, together with the mind of that one man, the minds of other things also, of such an effect (II. xi. Coroll.) the mind of the given man is not an adequate, but only a partial cause; thus (III. Def. ii.) the mind, inasmuch as it has inadequate ideas, is in certain cases necessarily passive; this was our second point. Therefore our mind, &c. Q.E.D. (Elwes - en)

3, prop 1, demo  - Die Ideen eines jeden menschlichen Geistes sind teils adäquate, teils verstümmelte und verworrene Ideen (nach Anmerkung zu Lehrsatz 40, Teil 2). Die Ideen aber, welche im Geiste eines Menschen adäquat sind, sind in Gott adäquat, sofern er das Wesen eben dieses Geistes ausmacht (nach Zusatz zu Lehrsatz 11, Teil 2). Diejenigen ferner, welche im Geiste inadäquat sind, sind in Gott ebenfalls adäquat (nach demselben Zusatz); nicht sofern er dasWesen bloß dieses Geistes ausmacht; sondern sofern er auch die Geister anderer Dinge zugleich in sich enthält. Ferner muß aus jeder gegebenen Idee notwendig irgendeineWirkung folgen (nach Lehrsatz 36, Teil 1), deren adäquate Ursache Gott ist (s. Definition 1 dieses Teils), nicht sofern er unendlich ist, sondern sofern er als von dieser gegebenen Idee erregt betrachtet wird (s. Lehrsatz 19, Teil 2). Von dieser Wirkung aber, deren Ursache Gottist, sofern er von einer Idee erregt ist, welche im Geiste eines Menschen adäquat ist, ist eben dieser Geist die adäquate Ursache (nach Zusatz zu Lehrsatz 11, Teil 2) Folglich tut unser Geist (nach Definition 2 dieses Teils), sofern er adäquate Ideen hat, notwendig etwas. Damit ist das erste bewiesen. -Was ferner notwendig aus einer Idee folgt, welche in Gott adäquat ist, nicht sofern er nur den Geist eines Menschen ausmacht, sondern sofern er die Geister anderer Dinge zugleich mit dem Geiste dieses Menschen in sich hat, davon ist (nach demselben Zusatz zu Lehrsatz 11, Teil 2) der Geist jenes Menschen nicht die adäquate Ursache, sondern die partiale. Folglich leidet der Geist (nach Definition 2 dieses Teils), sofern er inadäquate Ideen hat, notwendig etwas. Damit ist das zweite bewiesen. - Also tut unser Geist usw. - W.z.b.w. (Stern - de)

3, prop 1, demo  - Delle idee di qualsiasi Mente umana certe sono adeguate, certe mutile e confuse. Ora, le idee che nella Mente di qualcuno sono adeguate sono adeguate anche in Dio, in quanto egli costituisce l'essenza della Mente stessa; le idee poi che nella Mente sono inadeguate sono invece, in Dio, adeguate anch'esse, in quanto egli contiene non soltanto l'essenza della Mente considerata, ma, insieme con essa, anche le Menti di altre cose. Da una qualsiasi idea data deve poi seguire necessariamente qualche effetto: effetto di cui Dio è causa adeguata (v. qui sopra la Def. 1) non in quanto egli è infinito, ma in quanto è considerato affetto, o interessato, da quell'idea data. Ma dell'effetto, del quale Dio è causa in quanto interessato da un'idea che è adeguata nella Mente di qualcuno, è causa adeguata quella stessa Mente. Dunque la nostra Mente (Def. 2 di questa Parte), in quanto ha idee adeguate, è necessariamente attiva in talune cose: e questo è il primo punto. Di tutto ciò poi che segue necessariamente da un'idea che è adeguata in Dio, ma non in quanto egli ha in sé soltanto la Mente di un certo umano, bensì in quanto ha in sé, insieme con la Mente di quell'umano, le Menti di altre cose, la Mente dell'umano in parola è causa non adeguata, ma parziale; e pertanto (Def. 2 qui sopra) una Mente, in quanto ha idee inadeguate, è in talune cose necessariamente passiva: e questo è il secondo punto, che conclude la Dimostrazione. (P. II, Prop. 9; Conseg. d. Prop. 11; Prop. 36; Chiarim. 2° d. Prop. 40). (Peri - it)

3, prop 1, demo  - De voorstellingen van iederen menschelijken Geest zijn (vlg. Opmerking II St. XL D. II) voor een deel adaequaat, voor een deel gebrekkig en verward. Voorstellingen echter welke adaequaat zijn in een of anderen geest, zijn óók adaequaat in God, voorzoover hij het wezen van dien geest uitmaakt (vlg. Gevolg St. XI D. II). Voorstellingen verder, welke inadaequaat zijn in den Geest, zijn (vlg. datzelfde Gevolg) tòch adaequaat in God, niet voorzoover hij slechts het wezen van juist dien bepaalden geest uitmaakt, maar voorzoover hij tevens de geesten van andere dingen omvat. Voorts moet (vlg. St. XXXVI D. I), uit een of andere gegeven voorstelling noodzakelijk een uitwerking voortvloeien, van welke uitwerking God de adaequate oorzaak is (zie Definitie I v.d. D.) niet voorzoover hij oneindig is, maar voorzoover hij wordt beschouwd als zich openbarende in die gegeven voorstelling. (Zie St. IX D. II). Van deze uitwerking evenwel, welker oorzaak God is, voorzoover hij zich openbaart in een voorstelling welke adaequaat is in een of anderen Geest, is diezelfde geest ook de adaequate oorzaak (vlg. Gevolg St. XI D. II). Derhalve (vlg. Definitie II v.d. D.) handelt onze Geest noodzakelijk voorzoover hij adaequate voorstellingen heeft. Dit wat het eerste betreft. Voorts is van al wat noodzakelijk voortvloeit uit een voorstelling welke adaequaat is in God--niet voorzoover hij slechts den Geest van een enkel mensch uitmaakt, maar voorzoover hij tegelijk met dien eenen geest ook de geesten van anderen omvat--, de Geest van dien éénen mensch (vlg. hetzelfde Gevolg St. XI D. II) niet de adaequate, maar de gedeeltelijke oorzaak. Derhalve lijdt (vlg. Definitie II v.d. D.) de Geest noodzakelijk in eenig opzicht voorzoover hij inadaequate voorstellingen heeft. Dit wat het tweede aangaat. Derhalve: Bij sommige dingen handelt onze Geest, enz. H.t.b.w. (Suchtelen - nl)

3, prop 1, demo  - Las ideas de cualquier alma humana son unas adecuadas y otras mutiladas y confusas (por el Escolio de la Proposición 40 de la Parte II). Ahora bien: las ideas que, en el alma de alguien, son adecuadas, lo son en Dios, en cuanto que Este constituye la esencia de ese alma (por el Corolario de la Proposición 11 de la Parte II); y las que son inadecuadas en el alma, en Dios son también adecuadas (por el mismo Corolario), no en cuanto contiene en sí solamente la esencia de ese alma, sino en cuanto contiene también, a la vez, las almas de las otras cosas. Además, a partir de una idea cualquiera dada debe necesariamente seguirse algún efecto (por la Proposición 36 de la Parte I), de cuyo efecto Dios es causa adecuada (ver Definición 1 de esta Parte), no en cuanto que es infinito, sino en cuanto que se lo considera afectado por esa idea dada (ver Proposición 9 de la Parte II). Ahora bien: del efecto cuya causa es Dios en cuanto afectado por una idea que es adecuada en un alma, es causa adecuada esa misma alma (ver el Corolario de la Proposición 11 de la Parte II). Por consiguiente, nuestra alma (por la Definición 2 de esta Parte), en cuanto que tiene ideas adecuadas, obra necesariamente ciertas cosas: que era lo primero. Además, de aquello que se sigue necesariamente de una idea que es adecuada en Dios, no en cuanto tiene en sí el alma de un solo hombre, sino en cuanto que tiene en sí, junto con ella, las almas de las otras cosas, no es causa adecuada el alma de ese hombre (por el mismo Corolario de la Proposición 11 de la Parte II), sino parcial, y, por ende (por la Definición 2 de esta Parte), el alma, en cuanto tiene ideas inadecuadas, padece necesariamente ciertas cosas: que era lo segundo. Luego nuestra alma, etc. Q.E.D. (Peña - es)

2, prop 40, sc 1 - Ainsi j'ai donné la cause de ces Notions, qu'on appelle communes, et qui sont les fondements du raisonnement. Mais certains axiomes ou notions ont d'autres causes qu'il faudrait expliquer selon notre méthode; parmi les notions on reconnaîtrait ainsi les plus utiles, et celles qui au contraire ne sont presque d'aucun usage. On verrait ensuite quelles sont les notions communes, quelles idées ne sont claires et distinctes que pour ceux-là seuls que n'arrêtent pas les préjugés, et quelles notions, enfin, sont mal fondées. On verrait en outre d'où viennent ces notions appelées secondes, et les axiomes sur lesquels elles sont fondées; on apercevrait enfin d'autres conséquences relatives au même problème et sur lesquelles j'ai réfléchi ailleurs. Mais comme j'ai consacré un Traité à ces questions et ne veux pas être fastidieux et prolixe, je ne les aborderai pas ici. Pour ne pas, cependant, passer sous silence ce qu'il est indispensable de savoir, indiquons brièvement les causes et l'origine des termes qu'on appelle Transcendantaux, comme Être, Chose, Quelque chose. Ces termes proviennent du fait que, le corps étant limité, il n'a le pouvoir de former simultanément qu'un certain nombre d'images (ce qu'est l'image, je l'ai expliqué au Scolie de la Proposition 17); si elles excèdent ce nombre, les images commenceront à se confondre; et si le nombre des images que le Corps est capable de former simultanément d'une façon distincte est considérablement dépassé, toutes se fondront totalement les unes dans les autres. S'il en est ainsi, il est évident, par le Corollaire de la Proposition 17 et par la Proposition 18 de cette partie, que l'Esprit humain pourra simultanément imaginer d'une façon distincte autant qu'il peut simultanément se former d'images distinctes dans son propre Corps. Et quand les images se confondent totalement dans le corps, l'Esprit imagine aussi tous les corps d'une façon confuse et sans aucune distinction, les comprenant, pour ainsi dire, sous un seul attribut, tel l'attribut de l'Être, de la Chose, etc. On peut également déduire ce processus du fait que les images ne sont pas toujours également vives; on pourrait trouver d'autres causes analogues qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer ici, puisque la considération d'une seule de ces causes suffit à notre propos. Car toutes les explications se réduisent à ceci que ces termes signifient des idées confuses à l'extrême. C'est de causes semblables que proviennent les notions que l'on appelle universelles, comme Homme, Cheval, Chien, etc. Dans le Corps humain, il se forme ensemble tant d'images d'hommes, par exemple, que le pouvoir d'imaginer est débordé, sinon totalement, du moins assez pour que l'esprit ne puisse imaginer distinctement les petites différences des êtres singuliers (ainsi le teint, la taille, etc.) ou le nombre déterminé de ces êtres, mais cela seulement qui se retrouve en tous et par quoi le corps fut affecté; c'est par ce caractère commun, en effet, que le Corps fut le plus affecté, puisqu'il le fut par chacun des êtres singuliers; c'est ce caractère qu'on exprime par le nom d'homme et qu'on attribue à une infinité d'êtres singuliers. Car il n'est pas possible, nous l'avons dit, d'imaginer le nombre déterminé des individus. Il convient de noter, toutefois, que ces notions ne sont pas formées de la même façon par tous, mais selon des modalités chaque fois diverses, eu égard à la nature de l'objet par lequel le Corps fut le plus souvent affecté, et que l'Esprit peut le plus aisément imaginer ou bien rappeler. Par exemple ceux qui ont le plus souvent admiré, chez l'homme, la stature, entendront sous le nom d'homme un animal de station verticale; mais ceux qui ont l'habitude de considérer d'autres traits formeront autrement l'image commune de l'homme, animal qui rit, bipède sans plumes, animal raisonnable; et pour les autres êtres chacun en formera de même une image universelle selon la disposition de son corps. C'est pourquoi il n'est pas étonnant que soient nées tant de controverses chez les philosophes qui ont tenté d'expliquer la Nature par les seules images des choses.

2, prop 40, sc 2 - De tout ce qu'on vient de dire, il ressort clairement que nous percevons de nombreuses choses et que nous formons des notions universelles de plusieurs façons. 1° A partir des choses singulières qui nous sont représentées par les sens d'une manière mutilée, confuse, et sans ordre valable pour l'entendement (voir le Corollaire de la Proposition 29). C'est pourquoi j'ai l'habitude d'appeler ces perceptions: connaissance par expérience vague. 2° A partir des signes, quand, par exemple, après avoir lu ou entendu certains mots, nous nous souvenons des choses et nous en formons certaines idées semblables à celles par lesquelles nous imaginons les objets (voir le Scolie de la Proposition 18). Ces deux façons de saisir les choses, je les appellerai désormais connaissance du premier genre, opinion ou Imagination. 3° Et enfin, du fait que nous avons des notions communes, et des idées adéquates des propriétés des choses (voir le Corollaire de la Proposition 38, la Proposition 39 et son Corollaire et la Proposition 40).
J'appellerai raison et connaissance du second genre cette façon de saisir les choses. Outre ces deux genres de connaissances, il en existe un troisième, comme je le montrerai plus loin, et que nous appellerons la Science intuitive. Ce genre de connaissance procède de l'idée adéquate de l'essence formelle de certains attributs de Dieu à la connaissance adéquate de l'essence des choses. J'expliquerai tout cela par un seul exemple: trois nombres étant donnés, il s'agit d'en déterminer un quatrième qui soit au troisième comme le second au premier. Les commerçants n'hésiteront pas à multiplier le second par le troisième et à diviser le produit par le premier; c'est qu'ils n'ont pas oublié ce qu'ils ont entendu de leurs maîtres sans démonstration, ou qu'ils ont souvent expérimenté cette vérité sur des nombres simples, ou enfin qu'ils appliquent la démonstration de la Proposition 19 du livre VII d'Euclide, c'est-à-dire la propriété commune des nombres proportionnels. Mais pour des nombres très simples, rien de tout cela n'est nécessaire. Soit, par exemple, les nombres 1, 2, 3 : il n'est personne qui ne voie que le quatrième nombre proportionnel est 6, et cela d'une manière beaucoup plus claire, puisque, c'est de la relation même entre le premier nombre et le second, en tant que nous la saisissons en une seule intuition, que nous concluons le quatrième.

2, prop 11, cor  - Il suit de là que l'esprit humain est une partie de l'entendement infini de Dieu; par suite, lorsque nous disons que l'esprit humain perçoit telle ou telle chose, nous ne disons rien d'autre sinon que Dieu a telle ou telle idée, non pas en tant qu'il est infini, mais en tant qu'il s'explique par la nature de l'esprit humain ou, en d'autres termes, constitue l'essence de l'esprit humain; et lorsque nous disons que Dieu a telle ou telle idée non seulement en tant qu'il constitue la nature de l'esprit humain, mais aussi en tant qu'il a, en même temps que l'esprit humain, l'idée d'une autre chose, alors nous disons que l'esprit humain perçoit une chose d'une manière partielle, ou, en d'autres termes, inadéquates.

1, prop 36 - Rien n'existe dont la nature n'entraîne quelque effet.

3, def 1 - J'appelle cause adéquate celle qui permet, par elle-même, de percevoir clairement et distinctement son effet. Mais j'appelle cause inadéquate ou partielle celle qui ne permet pas de comprendre son effet par elle seule.

2, prop 9 - L'idée d'une chose singulière existant en acte a pour cause Dieu, non pas en tant qu'il est infini, mais en tant qu'il est considéré comme affecté d'une autre idée de chose singulière existant en acte, dont Dieu est encore la cause en tant qu'il est affecté d'une troisième idée, et ainsi de suite à l'infini.

3, def 2 - Je dis que nous agissons lorsqu'il se produit en nous ou hors de nous quelque chose dont nous sommes la cause adéquate, c'est-à-dire (par la définition précédente) lorsque, en nous ou hors de nous, il suit de notre nature quelque chose qui peut être clairement et distinctement compris par cette seule nature. Mais je dis au contraire que nous sommes passifs lorsqu'il se produit en nous, ou lorsqu'il suit de notre nature, quelque chose dont nous ne sommes que la cause partielle.

corollarium

Latin | Appuhn - fr | Elwes - en | Stern - de | Peri - it | Suchtelen - nl | Peña - es

3, prop 1, cor  - Il suit de là que l'Esprit est soumis à d'autant plus de passions qu'il a plus d'idées inadéquates, et qu'il est au contraire d'autant plus actif qu'il a plus d'idées adéquates.

3, prop 1, cor  - Hinc sequitur mentem eo pluribus passionibus esse obnoxiam quo plures ideas inadaequatas habet et contra eo plura agere quo plures habet adaequatas.

3, prop 1, cor  - Il suit de là que l'Âme est soumise à d'autant plus de passions qu'elle a plus d'idées inadéquates, et, au contraire, est active d'autant plus qu'elle a plus d'idées adéquates. (Appuhn - fr)

3, prop 1, cor  - Hence it follows that the mind is more or less liable to be acted upon, in proportion as it possesses inadequate ideas, and, contrariwise, is more or less active in proportion as it possesses adequate ideas. (Elwes - en)

3, prop 1, cor  - Hieraus folgt, daß der Geist um so mehr den Leiden unterworfen ist, je mehr inadäquate Ideen er hat, und daß er dagegen um so mehr tätig ist, je mehr adäquate Ideen er hat. (Stern - de)

3, prop 1, cor  - Di qui deriva che la Mente è soggetta a passioni tanto più numerose quante più idee inadeguate essa ha, e viceversa è attiva in tante più cose quante più ha idee adeguate. (Peri - it)

3, prop 1, cor  - Hieruit volgt dat de Geest aan des te meer lijdingen onderworpen is, naarmate hij meer inadaequate voorstellingen heeft, en omgekeerd dat hij des te meer handelt, naarmate hij meer adaequate voorstellingen heeft. (Suchtelen - nl)

3, prop 1, cor  - De aquí se sigue que el alma está sujeta a tantas más pasiones cuantas más ideas inadecuadas tiene, y, por contra, obra tantas más cosas cuantas más ideas adecuadas tiene. (Peña - es)

utilisé(e) par : 3, prop 3, demo   |  3, prop 56, demo   |  3, prop 58, demo   |  3, prop 59, demo   |  4, prop 23, demo   |  4, prop 28, demo   |  5, prop 20, sc 

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